WAN
menu
 
!
L'info stratégique
en temps réel
menu
recherche
recherche

éditorial / Laurent Bigorgne

éditorial
Laurent Bigorgne

éditorial
Les municipales comme répétition générale
par Laurent Bigorgne

Comme tous les six ans, nous nous apprêtons à élire ceux qui auront la responsabilité de la maille essentielle de la vie démocratique : nos maires. À un an à peine du prochain scrutin présidentiel, l’élection municipale du mois de mars constituera un indicateur précieux sur les intentions des Français pour la suite.

30/11/2025 - 06:30 Lecture 7 mn.

LFI préfère la "baston démocratique"

 

Alors que les discussions budgétaires se poursuivent au Parlement et qu’il est impossible d’en deviner l’issue - adoption du PLFSS ? rejet du PLF ? vote d’une loi spéciale ? -, le calendrier des élections municipales vient se superposer à ce contexte incertain. Partout sur le territoire, les candidats entrent en campagne et la compétition électorale s’annonce vive et incertaine à Paris, à Lyon, à Marseille, à Toulon, à Nice, à Lille…

Le scrutin des 15 et 22 mars prochains va servir pour certaines forces politiques de répétition générale avant l’élection présidentielle du printemps 2027. L’attitude de LFI à cet égard ne trompe pas. Adrien Quatennens, alors bras droit de Jean-Luc Mélenchon, expliquait en 2019 que les municipales ne constituaient qu’ "une étape intermédiaire vers la grande baston (sic) démocratique, la présidentielle". Il théorisait même avec d’autres responsables d’extrême-gauche l’absence de listes LFI en expliquant que "notre forme de mouvement n’est pas adaptée pour aller aux municipales" - ce qui ne faisait alors que confirmer la nature populiste de ce mouvement : la tentation du chaos, oui, la gestion du quotidien, jamais.

L’attitude de LFI semble avoir changé à l’approche de l’échéance de 2026. C’est du moins l’histoire que voulait raconter la Convention municipale organisée à Aubervilliers le week-end dernier où le "leader Maximo" a mis en avant le "communalisme". On peut y lire une transformation de ce mouvement, dont certains députés sont désormais à la recherche d’un ancrage local. Ou, plus simplement, la volonté de peser sur les forces de gauche au moment du second tour, au moins dans les grandes villes, alors que le PS donne le sentiment de ne plus vouloir adhérer à la stratégie d’ "union à tout prix".

 

Pour la droite, le souvenir lointain de 2014

 

Les élections de 2026 seront très différentes de celles de 2014 et 2020. Il y a douze ans, les municipales firent office de mid-term deux ans à peine après l’accession de François Hollande à l’Élysée. Elles marquèrent un temps de reconquête pour la droite après la défaite de Nicolas Sarkozy. Au soir du 30 mars 2014, la gauche perdit 151 villes de plus de 10 000, la droite en conquit 142. Même constat sur les 42 villes de plus de 100 000 habitants, dont 23 (+ 10) furent gagnées par la droite et 19 par la gauche (-10).

Dans la foulée, la droite avait retrouvé au mois de septembre 2014 la majorité au Sénat, qui lui avait échappé, pour la première fois dans l’histoire de la Ve République, trois ans plus tôt. L’histoire nous a cependant appris que la droite, du fait de ses divisions notamment, ne sut pas tirer profit de ces revers électoraux pourtant précoces de la gauche au pouvoir.

Nous avons tous en tête le contexte dramatique des municipales de 2020, avec un premier tour tenu le 15 mars et un second tour finalement organisé… le 28 juin. Elles furent marquées par un effondrement de la participation d’au moins 20 points par rapport à 2014. Au-delà de la crainte inspirée par le virus, les plus affûtés des observateurs y virent la première marque tangible du désamour des Français pour l’élection de leur maire, alors que celle-ci avait jusqu’alors toujours résisté au dégagisme.

 

Les enjeux

 

L’analyse des taux de participation aux élections municipales sera donc l’un des principaux enjeux de mars prochain. Elle sera évidemment plus élevée qu’en 2020, mais retrouvera-t-on les niveaux de 2014, supérieurs à 60 %, ou même ceux de 2008, supérieurs à 65 % au premier tour ? Le mode de scrutin récemment décidé pour Paris, Lyon et Marseille devrait motiver les électeurs de ces trois grandes métropoles qui auront deux urnes à leur disposition, l’une pour élire leurs conseillers municipaux et l’autre pour leurs conseillers d’arrondissement.

Les Français délivreraient par ailleurs une solide leçon de démocratie si au moment où leurs représentants à l’Assemblée nationale les exaspèrent comme jamais auparavant, ils donnaient à la fois quitus et un nouvel élan à ces héros du quotidien que sont les maires. À l’inverse, une participation en demi-teinte sonnerait comme un avertissement à prendre très au sérieux pour l’élection présidentielle de 2027, tant nous savons qu’une faible participation profite d’abord et avant tout aux extrêmes.

Au-delà du taux de participation, le scrutin à venir nous dira si les Français entendent corriger notre fonctionnement politique dual. En effet, nos deux partis de gouvernement les plus anciens, le PS et LR, sont devenus des partis d’élus locaux et ils ne sont plus, pour l’instant, des instruments de conquête du pouvoir. En revanche, LFI, Renaissance et le RN ont une implantation territoriale faible, mais ils aspirent à jouer les premiers rôles pour la présidentielle.

Les résultats de mars vont-ils entrer en résonance avec les sondages – qui ne sont que des sondages ! – favorables à Jordan Bardella ? Ce n’est pas le moindre des enjeux des mois qui viennent. L’ancrage municipal du RN reste très faible et il s’est même affaissé entre 2014 et 2020 : le parti avait présenté 369 listes dans des villes de plus de 10 000 habitants en 2014 et seulement 262 six ans plus tard. À ce stade, sa gestion municipale dans les grandes villes ne peut s’appuyer que sur Toulon (1995-2001) et Perpignan conquise en 2020. Une inversion significative de cette tendance compterait parmi les signaux, de plus en plus forts, qui s’accumulent quant à l’aventure politique à laquelle une partie de nos concitoyens semble prête à se résoudre.

 

laurent@fnxlb.org

précédents ÉDITORIAUX
précédents
ÉDITORIAUX

Éditorial / Laurent Bigorgne

Éditorial / L’éternel retour de la simplification

23/11/2025 - 06:30

Éditorial / Laurent Bigorgne

Éditorial / Un budget, quoi qu’il en coûte ?

16/11/2025 - 06:30

Les chroniques de la semaine
Les chroniques
de la semaine

Chronique / Jean-Baptiste Noé

Chronique / Ukraine : après la paix

29/11/2025 - 08:30

Chronique / Jean-Baptiste Noé

Chronique / Mourir aux combats ?

22/11/2025 - 08:30

Chronique / Jean-Baptiste Noé

Chronique / Mali : les djihadistes reprennent le dessus

15/11/2025 - 08:30

Chronique / Jean-Baptiste Noé

Chronique / Shein : le défi de l’innovation

08/11/2025 - 08:30

Chronique / Jean-Baptiste Noé

Chronique / Trieste veut redevenir grande

01/11/2025 - 08:30

Chronique / Jean-Baptiste Noé

Chronique / Élection en Côte d’Ivoire : un pays sous tension

25/10/2025 - 08:30

Chronique / Jean-Baptiste Noé

Chronique / Le Japon dans une crise politique inédite

18/10/2025 - 08:30