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Warren Buffett se rapproche-t-il petit à petit du private equity?

Duracell, Heinz-Kraft ou encore l'automobile, l’oracle d’Omaha a de plus en plus des méthodes de private equity, s'allie avec un fonds et adopte une stratégie de build-up. Son successeur devra trouver la clé du succès version 21 ème siècle.
Warren Buffett
Warren Buffett

La grand-messe annuelle de l’assemblée générale de Berkshire Hathaway a été l’occasion pour Warren Buffett de fêter ses cinquante ans à la tête de son conglomérat. Si les activités en tous genres et la bonne humeur étaient au rendez-vous, les actionnaires n’ont pourtant pas manqué d’interroger l’investisseur de 85 printemps et son associé, Charlie Munger, 91 ans, sur leur stratégie et, bien sûr, leur succession.

Parmi elles, la question a été posée de la compatibilité entre la méthode de gestion de 3G Capital, son fonds partenaire dans Heinz avec lequel il a lancé la fusion géante avec Kraft il y a quelques semaines, et qui est réputé pour son travail intensif de « cost killer » au sein de ses participations. L’oracle d’Omaha s’est employé à défendre la méthode de gestion des trois investisseurs brésiliens, qui font ce qu’il faut pour améliorer l’efficacité opérationnelle des entreprises rachetées, en accord avec Berkshire Hathaway.

Ce discours traduit une évolution notable dans sa stratégie d’investissement depuis quelques années. Berkshire Hathaway s’est ainsi construit au fil des années grâce à l’essor de l’assurance et s’est imposé comme un conglomérat exposé aux grandes valeurs américaines telles que Procter & Gamble, Coca-Cola, Wells Fargo etc. En 2009, il a su montrer sa confiance dans le pays de l’Oncle Sam à un moment très difficile, lorsqu’il a racheté les chemins de fer Burlington Northern Santa Fe pour 28 milliards de dollars, en 2009. Et n’a jamais fait mystère de son intention de trouver de nouveaux « éléphants », de très grosses sociétés à acquérir et intégrer. Mais force est de constater qu’avec le redressement des marchés, ces perles rares sont de plus en plus difficiles à trouver et l’audacieux investisseur a dû trouver d’autres procédés.

En premier lieu, à l’image de ce qui se passe dans le private equity, trouver des fonds partenaires. C’est ce qu’il a fait pour signer le deal le plus emblématique de ces dernières années, le rachat des ketchups Heinz aux côtés de 3G Capital. Pour plus de 23 milliards de dollars, début 2013. Les deux comparses ont ensuite œuvré pour le rapprocher de Kraft il y a quelques semaines, de façon à créer, en deux temps, le cinquième groupe alimentaire mondial. Mais le groupe s’est aussi attelé à des deals de toutes tailles pour ses participations et a signé pas moins de 31 acquisitions en 2014, pour un total de 7,8 milliards de dollars.

Autre opération emblématique d’un changement de braquet de Buffet : ce dernier a vendu ses actions Procter & Gamble afin de récupérer Duracell, sa filiale non stratégique qu’il comptait revendre. Et a ainsi choisi de troquer des titres d’un grand groupe coté contre la propriété d’une pépite privée, qu’il compte développer à sa guise. Par ailleurs, l’investisseur s’est pris d’amour pour les voitures en signant récemment le rachat de Van Tuyl, le plus gros groupe de concessionnaires automobiles, va le renommer Berkshire Hathaway Automotive et procéder à d’autres build-up parmi les 17 000 concessionnaires indépendants du pays.

Si l’oracle d’Omaha a bâti sa fortune grâce à l’assurance et détient encore des participations dans nombre de services financiers come Goldman Sachs, Wells Fargo ou American Express, il ne les a plus renforcées depuis un moment. Et a même avoué que s’il devait recommencer depuis le départ aujourd’hui, il ne choisirait probablement pas ce domaine pour commencer. La régulation et la hausse des coûts ont sans aucun douté obéré une partie des capacités de profits dans ce domaine. Mais cela pourrait poser problème aux actionnaires de son groupe, alors qu’il pourrait bientôt passer la main. Les clés de réussite de Berkshire Hathaway hier ne seront pas celles de demain, et il faudra un investisseur tout aussi avisé et téméraire pour prendre les rênes de ce mastodonte de 350 milliards de dollars de capitalisation boursière. En tout état de cause, une performance de 2 850 000% sur cinquante ans est d’ores et déjà à graver dans les annales de l’investissement.


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