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L’Europe, futur maillon faible de l’énergie mondiale

Alors que l’Europe ne s’est pas engouffrée dans la révolution du gaz de schiste, qui a permis de redynamiser l’économie américaine, la recomposition actuelle de la donne énergétique laisse le Vieux Continent dans l‘impasse.
Site de maintenance de turbines à gaz General Electric
Site de maintenance de turbines à gaz General Electric

C’était en 2009, alors que l’Europe s’enfonçait dans la crise des dettes souveraines, les Etats-Unis faisaient un pari, audacieux quoique contestable sur le plan environnemental: la production de gaz de schiste. Depuis, l’industrie en question a créé 600 000 emplois directs et indirects au pays de l’oncle Sam tout en permettant de réduire de 30% la facture énergétique de millions de foyers. Dans le même temps, le nombre des opposants à la fracturation hydraulique s’est réduit comme peau de chagrin.

Mais les européens, frileux, n’osent toujours pas s’engager dans cette révolution énergétique. Non sans raison toutefois car, d’après un rapport parlementaire présenté en avril dernier, produire du gaz de schiste « conduirait à un taux de dépendance en gaz produit hors de l'UE de 80 % en 2035, contre 90 % sans production de gaz de schiste ».

Mais au-delà de la compétitivité prix, le gain est double pour les Etats-Unis puisque le charbon américain est désormais plus onéreux que le gaz de schiste. Ainsi, les américains sont désormais disposés à exporter leurs immenses réserves, notamment vers l’Europe. Hormis la France -qui dispose d’un parc nucléaire lui assurant une relative indépendance énergétique- l’Europe est bel et bien prise dans un étau.

En effet, le taux de dépendance de l’Europe en gaz extra-européen, qui avoisine les 90%, provient majoritairement de Russie. Or le pays dirigé d'une main de fer par Vladimir Poutine peut fermer le robinet du jour au lendemain. La crise ukrainienne le prouve ; les russes ont annoncé hier que les livraisons de gaz à l’Ukraine étaient interrompues de manière permanente. De quoi susciter des inquiétudes en Europe, où 15% du gaz consommé transite par l’Ukraine. Le flux de gaz naturel russe à destination de l'Union européenne continuera néanmoins de transiter normalement via le territoire ukrainien, a rassuré ce matin Eustream, l'opérateur slovaque des gazoducs.

Par ailleurs, d’autres pays, anticipant la hausse des prix de l’énergie à long terme, sécurisent leurs approvisionnements. A l’image de la Chine qui a signé le mois dernier avec Gazprom un méga contrat, estimé à 400 milliards de dollars, prévoyant la livraison de gaz pour une durée de quarante ans. Et le pays a remis ça aujourd’hui ; à l’occasion d’une visite d’Etat du Premier ministre chinois Li Keqiang au Royaume-Uni, British Petroleum a annoncé un contrat de 20 milliards de dollars pour la livraison de gaz naturel liquéfié pendant vingt ans au sud-est de la Chine. La rumeur court que Shell pourrait décrocher un contrat similaire dans les jours prochains.

Le grand perdant de cette recomposition du marché de l’énergie sera donc l’Europe. D’une part, parce qu’elle ne dispose pas de ressources gazières et pétrolières lui permettant d’assurer son indépendance, à l’image des Etats-Unis et de la Russie. D’autre part, parce que mettre d’accord une multitude de pays pour signer des contrats similaires à ceux signés par la Chine est une tâche ardue. Dans ce contexte, on comprend l’empressement de certains Etats, comme l’Espagne et l’Allemagne, qui souhaitent développer le plus rapidement possible les énergies renouvelables. Un investissement qui coûte en compétitivité aujourd’hui pour éviter l’asservissement demain.

La France fait, elle , figure d'exception en Europe. Sa relative indépendance acquise grâce à l'atome (le nucléaire représente 75% du mix énergétique) lui permet de prendre un peu de distance sur ce débat. Néanmoins, dans la mesure où l'Hexagone dispose d'une part non négligeable des réserves de gaz de schiste en Europe, la prise de position ferme de François Hollande -qui avait déclaré ne jamais autoriser l'exploitation du gaz de schiste sous sa mandature- étonne. Sans doute un gage donné aux écologistes de sa majorité d'alors. Un engagement auquel la nouvelle ministre de l'Ecologie et de l'Energie, Ségolène Royal, et Arnaud Montebourg ne souscrivent pas, eux qui estiment nécessaire une phase d'expérimentation, ne serait-ce que pour connaître l'étendue exacte de nos réserves en gaz de schiste. Une nouvelle fois, la France semble donc immobilisée par pure conviction idéologique...

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