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Matières premières : les prix ont déjà grimpé trop vite
Métaux, denrées agricoles, pétrole… Le début d’année reste bien orienté pour les matières premières suivant la tendance de la fin de l’année 2016. “L’élection de Donald Trump a été bien accueillie par de nombreux marchés de matières premières, en particulier pour les métaux, remarque Daniel Gérino, président de Carlton Sélection. La perspective d’un grand plan d’infrastructures mis en place par la nouvelle administration Trump a amplifié la hausse des prix à partir de novembre, dans un contexte économique global mieux orienté". “Il y a assez peu de prise de bénéfices, constate Benjamin Louvet, gérant matières premières chez OFI AM. Les seules matières premières qui ont un peu baissé ce sont les énergies qui ont énormément progressé fin 2016. Les métaux de base ont eux continué de s’apprécier et les métaux précieux sont repartis à la hausse".
Dans le détail, l’arrivée de Donald Trump n’explique pas tout. Ainsi, l’avoine a progressé de +18,03% en un mois et le blé américain de +8,91%. “Les cours des céréales se sont un peu redressés mais les stocks sont monumentaux après deux années consécutives de très bonnes récoltes, signale Benjamin Louvet. En France, la récolte a été mauvaise mais elle a été extraordinaire aux Etats-Unis, en Ukraine, en Russie". Du coup, ces hausses reposent sur les risques climatiques. “Les oléagineux se sont repris récemment en raison d’inondations en Argentine qui menacent la récolte de soja”, illustre OFI AM. Sur un mois, le cours de la farine de soja a progressé de 11,19% et le soja américain de +7,02%. Autre exemple : le café américain qui bondit sur la même période de +14, 10%. “Le café a augmenté en raison de craintes sur la récolte brésilienne, qui est l’une des plus grosses du monde, indique Benjamin Louvet. Il y a un manque de fertilisant et les arbres sont fatigués car ils ont trop été sollicités ces dernières années. Les niveaux production pourraient être comme ceux de 2015 marqués par une énorme sécheresse. Ce qui pourrait provoquer un manque de café en 2017".
Côté métaux précieux, les investisseurs développent un scénario hautement spéculatif. “Les taux d’intérêts remontant, les métaux précieux, qui sont des actifs qui ne rapportent rien, perdaient de l’intérêt, observe le gérant matières premières chez OFI AM. A présent, le risque majeur est que l’économie américaine ne se comporte pas aussi bien qu’on l'espérait et que la FED ne puisse pas faire toutes les hausses qu’elle a prévu (trois en 2017), voire doive baisser à nouveau ses taux si l’inflation n’augmente plus. Dans ce cas, il y aura un ajustement du marché favorable à l’or". C’est ce schéma qui semble expliquer la remontée de l’or (+7,19% en un mois), du platine (+10,33%) et en partie le Palladium (+19,21%). En partie seulement pour ce dernier, car il “profite de la reprise du marché des ventes auto, qui utilisent ce métal pour les pots catalytiques", met en lumière OFI AM. Depuis 5 ans, le marché fonctionne sur les stocks, la production étant inférieure à la consommation. Ce qui nourrit des craintes sur l’état de ces stocks.
Quant au pétrole, “les prix ont été plutôt volatiles sur les 20 premiers jours de l’année (oscillant entre 53,6 et 57,1 dollars pour le Brent), illustrant la nervosité du marché et en particulier la défiance de celui-ci vis-à-vis des réductions de production dans le cadre de l’accord signé par l’OPEP le 30 novembre 2016 alors que les rigs (plateformes) de forage progressent aux Etats-Unis avec la remontée des prix, explique Sandrine Cauvin, gérante chez Vestathena. Cependant, les pays producteurs de pétrole ont estimé dimanche que l'accord de décembre était bien respecté et en bonne voie de parvenir à l'objectif fixé de réduction globale de 1,8 million de barils par jour, lors d'une réunion d'évaluation à Vienne". Voilà qui devrait nourrir une nouvelle hausse. Chez OFI AM, on explique que “l’OPEP fait en sorte de faire remonter le prix à court terme mais pas à long terme pour éviter que les producteurs de pétrole de schiste puissent couvrir leur production future en maintenant des prix à long terme moins élevés qu’à court terme". Ce qui pourrait expliquer que le baril n’aille pas aussi vite au-dessus des 60 dollars.
Si tout semble donc aller vers un enchérissement global des matières premières, Carlton Sélection se montre prudent. “L’année 2017 sera riche d’incertitudes sur le front des “commodities”, prévient Daniel Gerino. Une croissance mondiale en deçà des prévisions, un accord de Vienne qui ne permettrait pas de faire baisser durablement l’offre de pétrole disponible, un plan Trump sur les infrastructures qui ne tiendrait pas ses promesses etc., les marchés qui font preuve, jusqu’à présent, d’un optimisme à toute épreuve, s’exposent au risque d’un retournement des cours en cas de scenarii moins favorables que prévu".
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