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Quand la plus vieille maison de couture devient chinoise

Après 130 ans d’existence, la maison Lanvin en difficultés est rachetée pour 120 millions d’euros par le Chinois Fosun. Ce dernier s’est fait connaître avec son acquisition réussie du Club Med en 2015, mais doit composer avec le régulateur chinois, qui sévit pour lutter contre les dérives financières de ses conglomérats.
Lanvin
Lanvin

L’opération a beau être plutôt modeste, elle comporte une symbolique forte. Jeudi dernier, le conglomérat chinois Fosun a annoncé avoir acquis la majorité du capital de la maison de couture Lanvin, en difficultés depuis plusieurs années. Cette dernière avait attiré des intérêts étrangers, puisque l’autre finaliste n’était autre que Mayhoola for Investments, un fonds sponsorisé par la famille qatarie et propriétaire des maisons Balmain et Valentino. Créée en 1889 par Jeanne Lanvin, la plus vieille maison de couture parisienne a été cédée au holding de la famille Vuitton, Orcofi, en 1990, puis est entrée dans le giron de L’Oréal en 1996, qui la cédera à une femme d’affaires taïwanaise, Shaw Lan Chu-Wang, cinq ans plus tard. Sous l’impulsion du designer Albert Elbaz, arrivé comme directeur artistique en 2001, Lanvin s’est développé à l’échelle mondiale, mais a eu du mal à rebondir après le départ de ce dernier en 2015, puis de Bouchra Jarrar, l’été dernier. La situation s’est nettement dégradée, avec des revenus en baisse de 23% en 2016 à 162 millions d’euros et les premières pertes de son histoire. La maison s’est alors retrouvée dans l’incapacité de payer les salaires de ses 200 salariés restants, et a dû vendre son siège historique, rue du Faubourg Saint-Honoré.

De son côté, Fosun fait partie de ces mastodontes chinois qui ont jeté leur dévolu sur les plus prestigieux actifs européens. Le conglomérat s’est en particulier distingué lors de son morceau de bravoure boursier contre l’Italien Andrea Bonomi, qui lui a permis de racheter le Club Med en 2015. La reprise de ce « patrimoine culturel français » a été un « succès », selon le ministre de l’Economie Bruno Le Maire, car le groupe dirigé par Henri Giscard d’Estaing a accéléré sa montée en gamme et son expansion sur le lucratif marché asiatique. Fosun a un portefeuille diversifié, avec les bijoux Folli Follie, la marque de vêtements américain St John ou encore la maison italienne de luxe pour hommes, Caruso, et a plus récemment mis la main sur le groupe de lingerie italienne La Perla.

Il n’est pas le seul à s’être lancé à l’assaut des marques européennes de renom : Shandong Ruyi a ainsi mis la main sur Sandro Maje Claudie Pierlot en 2016 et vient de racheter le groupe de chaussures et accessoires Bally. Pourtant, le régulateur chinois a serré la vis ces derniers mois sur les conglomérats du pays, qui ont utilisé des méthodes de financement agressives pour servir leurs appétits débordants de deals dans les pays développés. Fosun n’en est pas exempt : fin 2017, il a vendu ses parts dans un immeuble à Sydney juste après que l’agence d’Etat a mis en garde contre les investissements off-shore et « la compétition féroce » pour des actifs européens. Avant lui, le Chinois Dalian Wanda, qui ambitionnait lui aussi de créer un empire paneuropéen du luxe et du lifestyle, a dû fermer boutique, en raison des pressions sur sa dette.

Le même jour que la reprise de Lanvin, le régulateur chinois est surtout allé encore plus loin, en décidant de reprendre le contrôle d’Anbang, détenteur de groupes hôteliers dont le prestigieux Waldorf Astoria à New York. Ce dernier avait également fait une offre sur les hôtels Starwood, avant de se raviser en raison de la pression des autorités. Jugeant que le holding avait violé des réglementations du pays, un groupe composé de la banque centrale chinoise, du régulateur bancaire et de plusieurs agences gouvernementales a décidé de superviser l'entité pendant un an. Enfin, l’ex-patron d’Anbang est poursuivi pour fraude et abus de position.

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