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Marchés : la semaine de tous les dangers
Le sommet du G7 le plus glacial de son histoire s’est terminé de la pire des façons, avec un communiqué laconique immédiatement envoyé à la trappe par Donald Trump, qui a également lancé des attaques personnelles et totalement injustifiées envers Justin Trudeau, le Premier ministre canadien. Et pourtant, comme souvent avec le Président américain, une nouvelle en remplace une autre et l’attention s’est immédiatement déplacée vers Singapour, où a lieu la rencontre avec le leader nord-coréen Kim Jong-Un, ce soir à 21 heures.
Mais alors que le locataire de la Maison Blanche veut montrer à son interlocuteur son isolement afin de l’inciter à la dénucléarisation du pays, lui-même n’est jamais apparu aussi éloigné de ses partenaires occidentaux. Donald Trump a attendu d’être sur le chemin du retour dans son Air Force One pour reprocher aux autres pays, et en particulier au Canada, à la France et à l’Allemagne, de profiter des Etats-Unis au plan commercial, ce qui peut être interprété comme un aveu de faiblesse. Pour d’autres, c’est une subtile tactique de négociation, qui consiste à claquer la porte en espérant être rattrapé, et qui montre l’intransigeance du locataire de la Maison Blanche au leader nord-coréen. C’est d’ailleurs bien ce que les quelques républicains qui ont soutenu le Président retiennent, martelant qu’il s’agit là d’un « tir d’avertissement » à l’égard de Kim Jong-Un.
Dans ce contexte de tension extrême, la Fed a la lourde tâche de tenir sa réunion mensuelle, et de tenir compte d’un marché du travail particulièrement bullish, sans effrayer les marchés en se montrant trop agressive. La Réserve Fédérale devrait annoncer une nouvelle hausse de taux, comme cela est largement attendu par les investisseurs, mais le nouveau chairman Jerome Powell devra répondre à la question du plein-emploi mais aussi laisser place à une croissance soutenue, plus inclusive, sans flambée excessive de l’inflation ou formation de bulles spéculatives sur les marchés. Un exercice périlleux, d’autant que l’inversion des courbes de taux à deux et dix ans, annonciatrice d’une récession, se fait de plus en plus menaçante. Premier président à ne pas être un économiste, Jerome Powell semble, contrairement à Janet Yellen, ouvert à aller au-delà des grands modèles macro-économiques, qui ont montré leurs limites dans les dernières années.
Demain sera également une journée cruciale pour l’avenir des M&A américaines. Le juge fédéral doit rendre sa décision sur la fusion entre AT&T et Time Warner à 85 milliards de dollars, à laquelle le Département de la Justice est opposé. Ce verdict est surveillé de très près par tous les acteurs du métier et même les grandes sociétés américaines qui sont elles aussi lancées dans des opérations transformantes. Cette fusion verticale, entre un acteur des médias et des contenus et un opérateur télécoms, est symbolique de la volonté de l’administration Trump de s’immiscer dans des méga deals au nom de la concurrence et des hausses potentielles de prix. D’autres opérations, comme CVS et Aetna dans la santé, seraient impactées et le groupe de médias Comcast a indiqué que cela influencerait sa décision de faire une offre sur 21st Century Fox, que convoite déjà Disney. Mais cela pourrait aussi dissuader de grands groupes européens ou asiatiques de se rapprocher des Etats-Unis, à l’heure où Donald Trump constitue déjà un facteur d’incertitude élevée. A l’heure actuelle, cela n’a pas ralenti le rythme des deals pour autant : 816 millions de dollars de deals ont été recensés outre-Atlantique à fin mai selon Thomson Reuters, en hausse de 71% sur un an.
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