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Alstom : Colette Neuville mandatée par un minoritaire
Le plus dur reste à faire. Après que l’Etat se soit fortement impliqué dans la vente du pôle énergie d’Alstom en tentant de monter une offre alternative à celle de GE, celui-ci s’est pourtant finalement rangé à la raison en donnant à l’Américain la haute main pour construire un futur champion. Certes, Arnaud Montebourg n’a pas lâché prise si facilement. En imposant à Bouygues le rachat de 20% de sa participation dans Alstom par l’Etat, il démontre officiellement l’implication forte du gouvernement dans ce dossier, mais sort aussi par le haut de ce bras de fer, l’Elysée ayant retoqué le projet qu’il avait ardemment appelé de ses vœux. L’acquisition des titres Alstom ne sera d’ailleurs pas une si bonne affaire que cela pour le bras financier de la France puisque contrairement à la façon dont a été présentée la chose, Bouygues s’est assuré de ne pas vendre ses actions à moins de 35 euros (qui cote 27,80 actuellement). Selon les modalités du contrat optionnel signé, l’Etat a effectivement 20 mois pour acquérir les actions au prix du marché mais pas à moins de 35 euros. Sauf si au terme de cette période, l’action n’a pas franchi ce seuil. Auquel cas, l’Etat pourra s’adjoindre les titres au prix du marché à cette période mais pour un bloc de 15% seulement. Accord qui permet à l’Etat en mal de finance de ne pas acquérir tout de suite les actions de Bouygues tout en obtenant les droits de vote y afférant puisque le numéro un du groupe de BTP et télécoms accepte un prêt de titres. Ce dernier est également assuré de ne pas vendre à perte, l’acquisition de sa participation dans Alstom à…l’Etat en 2006 ayant été réalisée sur la base de 35 euros par titre. Du coup, cette perspective est bien loin de caper le cours de l’action puisque la transaction ne pourra pas se faire à moins de 35 euros. Les droits de vote que le bras financier de l’Etat va s’octroyer et son droit de veto vont en effet rendre moins « opéable » Alstom. Mais même lorsqu’elle l’était, les raiders ne se sont pas précipités pour lancer des offres.
Côté Alstom, la décision prise par le gouvernement est logiquement très bien prise. Patrick Kron n’avait pas manqué de répéter que les propositions faites par Siemens n’avaient aucun sens ni stratégique ni opérationnel. Le projet tel que poussé par Bercy et l’Elysée devrait ainsi permettre au groupe français de récupérer la signalisation de GE et de garder la main sur les trois JV à créer avec des accords de coopération à la clef. Patrick Kron avait un moment évoqué qu’à l’issue du deal avec GE il passerait la main. Il semble aujourd’hui qu’au vu des modalités à mettre en œuvre qui devraient prendre au bas mot plus d’un an, il restera à la manœuvre pour mener jusqu’à son terme ce vaste projet de redéploiement.
En parallèle, selon les informations de WanSquare, Colette Neuville a été mandaté par un actionnaire minoritaire qui reproche à l’Etat d’avoir un peu trop mis son nez dans les affaires de cette entreprise privée. Selon cet actionnaire minoritaire, Alstom se retrouve finalement avec les activités les moins rentables et un actionnaire plutôt encombrant qui risque de faire fuir les investisseurs et de réduire les perspectives de valorisation de l’entreprise. Du coup, Colette Neuville souhaiterait remettre en question la validité du décret Montebourg puisqu’elle estime qu’en matière de droit communautaire, il y a beaucoup de choses à redire. De même estime-t-elle qu’il faudrait revoir le droit boursier pour les opérations boursières concernant les participations. « Lorsque les tractations se situent à ce niveau, aucunes protection n’existent pour les minoritaires, ce qui est bien dommage», clame la présidente de l’Adam qui parle ici de pochette (mauvaise) surprise. Elle s’interroge d’ailleurs sur le rôle qu’aura à jouer l’Etat lors de l’AGE qui devra ratifier le projet avec GE. « S’il est entendu que l’Etat a favorisé le deal passé avec GE, cela devra être considéré comme une convention réglementée et à ce titre, il ne devrai pas pouvoir voter », assure Colette Neuville. De son côté, le sénateur Philippe Marini entend proposer un nouveau texte de loi pour imposer une OPA lors de l'acquisition d'un actif essentiel d'une entreprise par une autre. Il présentera ce texte mercredi matin.
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