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Warren Buffett marie son amour du ketchup et des mac&cheese

Heinz va fusionner avec Kraft pour former le cinquième groupe alimentaire mondial, avec 28 milliards de dollars de revenus. Une signature typique de l'oracle d'Omaha, même si son partenaire 3G va devoir couper dans les coûts.
Warren Buffett
Warren Buffett

A 84 ans, Warren Buffett s'astreint quotidiennement au régime alimentaire d'un enfant de six ans, selon lui, avalant au moins cinq canettes de Coca-Cola par jour et une grande coupe de glace au chocolat le matin. Il était donc le candidat le mieux placé pour organiser le mariage entre Heinz, le fabricant de ketchup qu'il avait retiré de la cote aux côtés du fonds 3G pour 23 milliards de dollars en 2013, et le géant de l'alimentaire Kraft Foods. Dans le détail de ce deal conseillé par Lazard, Heinz détiendra 51% de la nouvelle entité Kraft Heinz, tandis que Kraft aura 49%, et les actionnaires de Kraft recevront un dividende spécial de 16,50 dollars par titre, soit 27% du niveau du titre à la clôture hier soir. La nouvelle entité, qui regroupera les marques Jell-O, Maxwell ou encore Philadelphia, représentera 28 milliards de dollars de revenus, soit le troisième groupe alimentaire américain et le cinquième mondial.

L'oracle d'Omaha n'avait pas fait mystère d'être toujours à la recherche d'un "éléphant", un méga deal dont il aime être l'artisan, mais les négociations sont allées à vitesse grand V puisqu'elles ont été conclues en quatre semaine seulement. Ce dernier a maintenu son habituelle vision à long terme, assurant qu'il appréciait ces marques depuis des décennies et pour encore de nombreuses années, et comptait rester "pour toujours" avec sa part de 26% dans l'ensemble. Aux côtés de son partenaire de jeu 3G, il va d'ailleurs investir 10 milliards de dollars pour développer la nouvelle entité, qui devrait dégager 1,5 milliard de dollars de synergies d'ici à fin 2017.

Comment y parvenir? De l'avis de la plupart des analystes, grâce à l'expertise du fonds 3G expert dans la restructuration des sociétés, le groupe sera en mesure de couper dans ses coûts communs de marketing, logistique, publicité. Mais attention, contrairement aux fonds de private equity focalisés sur l'ingénierie financière et la dette, 3G est là pour le long terme, martèle l'octogénaire. Par ailleurs, il compte sur la création de valeur via le développement à l'international. Car depuis qu'il a finalisé le spin-off de ses activités de snacks très présentes à l'international en 2012, Kraft est surtout présent en Amérique du Nord et lutte pour faire croître des produits en perte de vitesse localement. Ce qui a donné lieu à des changements de management: après seulement deux ans à la tête du nouveau groupe, Tony Vernon a dû consentir à céder sa place fin 2014. A l'inverse, Heinz dégage 51% de ses revenus de l'étranger grâce à ses puissantes marques. Le but est donc de booster les ventes à l'export des produits phare de Kraft grâce à son empreinte globale, et de créer un puissant empire de l'alimentation.

Mais comment miser sur la croissance de cette nouvelle icône de l'alimentation préparée, alors que la tendance est de plus en plus vers la consommation de produits frais et organiques, la chasse aux conservateurs qui sont si présents dans les produits Kraft et Heinz ? Warren Buffett semble peu inquiet de ce changement de braquet du consommateur américain ou occidental et estime que "sur une population de 7 milliards d'habitants, il y aurait toujours des personnes pour apprécier ce genre de produits" - comme lui. Comprendre: dans bon nombre de pays, l'argument santé n'est pas encore primordial et le consommateur est même tout disposé à adopter des produits mythiques de l'univers américain, comme les mac&cheese ou le cream cheese.

Voilà donc le plan de route et si l'investisseur ne croit pas à ce plan de route, il peut toujours sortir "à un prix bien supérieur à tout autre scénario de rachat" de Kraft, notamment grâce au généreux dividende proposé. Le marché, qui connaît la capacité de Warren Buffett à générer de la valeur sur le long terme, a quant à lui acheté la nouvelle avec enthousiasme: le titre Kraft a bondi de plus de 40% à la mi-journée, pour une capitalisation boursière de 37 milliards de dollars.


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