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Belvédère : le dossier le plus maudit de la cote
Il est des dossiers que l’on pourrait volontiers qualifier de maudits. Belvédère fait assurément partie de ceux-là. En dix ans de péripéties aussi bien actionnariales que financières, le groupe de spiritueux a failli moultes fois disparaître en raison d’une dette insoutenable. il semblait pourtant enfin parti sur de nouvelles bases fin 2013, lorsqu’à l’issue d’un bras de fer digne des meilleurs romans de Balzac, les anciens dirigeants de l’entreprise et ses créanciers avaient fini par trouver une paix des braves. L’ancienne équipe dirigeante est alors partie et les détenteurs de la dette ont vu leurs obligations converties en actions. Sous la houlette de l’administrateur judiciaire venu pour régler les nombreux différends, Frédéric Abitbol, une nouvelle équipe a été nommée, de même qu’un conseil d’administration composé de quatre administrateurs indépendants. Pour diriger ce « new » Belvédère, un ancien responsable de Lactalis Jean-Noël Reynaud, aidé en cela par un ancien de Bisquit Cognac, Stanislas Ronteix, ont été choisis. Mais aussi un nouveau conseil d’administration dirigé par Benoît Hérault avec notamment Constance Benqué, présidente de Lagardère Publicité, ou Christine Mondollot, ancienne dirigeante de Virgin France.
Las, ce beau schéma trouve à nouveau aujourd’hui quelques failles de taille et l’on assiste à une rude bataille entre les différents protagonistes. Il faut dire que depuis la restructuration financière de Belvédère un groupe de spiritueux marocain, Diana Holding, est monté au capital. Il en a aujourd’hui 17,3% et vient de déclarer agir de concert avec le groupe DF Holding (groupe Castel) qui en possède 5,3%. A eux deux, ils souhaitent prendre toutes les manettes de l’entreprise et ont demandé aux quatre administrateurs indépendants de remettre leur démission pour en nommer d’autres qu’ils auront eux-mêmes choisis.
Décisions que les intéressés trouvent quand même un peu cavalières puisque cette action revient à prendre le contrôle de la société sans lancer d’OPA ni proposer de prime de contrôle pour cela. D’où leur décision de remettre leur mandat sur la table lors de la prochaine assemblée générale, acceptant d’être réélus ou non, mais refusant en revanche d’inscrire au menu des résolutions la nomination de trois administrateurs souhaitée par Diana Holding. Ils n’ont pas davantage accepté de mettre au vote une autre résolution visant à réduire de 4 à 2 ans la période minimale pour obtenir les droits de vote double, redoutant que cette demande ne vise qu’à servir les intérêts des nouveaux entrants.
Cerise sur le gâteau, un fonds d’investissement actionnaire de longue date (à hauteur de 4,8%) a, de son côté, demandé que soit mise au vote de l’AG la révocation des administrateurs représentants de Diana Holding, à savoir Rita Znider, Mehdi Bouchaara, mais aussi Jacques Bourbousson, estimant que quitte à demander la révocation d’administrateurs, autant demander celle de la totalité du conseil. Résolution qui sera belle et bien mise au vote.
De quoi prédire une assemblée générale à nouveau mouvementée le 30 juin, salle Wagram. D’autant que Colette Neuville, présidente de l’Adam, a été mandatée par un actionnaire pour se plaindre de cette prise de contrôle rampante alors que l’inénarrable Nicolas Miguet continue de faire du battage sur ce dossier.
La preuve, en tous cas, que la montée en puissance des administrateurs indépendants est primordiale pour défendre l'intérêt social des entreprises. Cet exemple devrait renforcer les législateurs et les organes professionnels tels que l'AFEP et le Medef, dans leur volonté de mettre en avant ces responsables aux sein de toutes les sociétés.
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