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Les banques européennes à l’épreuve des tensions commerciales / Entre incertitude sur les taux et attentes réglementaires
Les banques européennes — et françaises en particulier — ne comptent pas parmi les valeurs les plus réactives aux annonces de l’administration américaine sur les droits de douane. Opérant essentiellement dans le secteur des services, elles ne sont pas concernées, en première ligne, par les restrictions commerciales visant des flux de marchandises. Au contraire des secteurs plus directement exposés au commerce international de biens physiques, comme l’automobile, les équipements industriels, la technologie, les semi-conducteurs ou encore le luxe et la consommation cyclique.
Cela ne veut pas dire pour autant qu’elles soient totalement imperméables à ces tensions. L’impact, plus diffus, passe par des canaux indirects, à commencer par le ralentissement potentiel de l’activité économique ou l’évolution des politiques monétaires.
" L’imprévisibilité de la politique américaine crée une incertitude certaine quant aux perspectives des banques européennes ", souligne l’agence Scope Ratings dans une étude récente sur "L’environnement opérationnel des banques européennes en 2025". Le mécanisme de transmission est le suivant, détaille-t-elle : " Les tarifs douaniers peuvent peser directement sur la croissance européenne et les anticipations de taux d’intérêt, deux éléments clés pour la performance des banques. La qualité des actifs pourrait se détériorer, d’abord via les prêts aux entreprises exposées aux échanges commerciaux avec les États-Unis, puis à travers des effets de second tour sur les ménages et les PME. "
Un premier trimestre au-delà des attentes
Pour l’heure, ces risques restent largement théoriques. Lancée le 2 avril avec les premières annonces du candidat Trump sur son " jour de libération économique ", l’offensive commerciale américaine est encore trop récente pour se refléter dans les comptes des banques européennes. Les résultats du premier trimestre 2025, publiés en mai, témoignent au contraire d’une situation solide. D’après UBS, 90 % des établissements ont dépassé les attentes au niveau du bénéfice avant impôts (PBT) et 81 % sur le résultat d’exploitation avant provisions, portés par une performance meilleure qu’anticipé sur la marge nette d’intérêt (NII) et les revenus hors NII. Au total, 83 % des banques ont publié un chiffre d’affaires supérieur aux attentes. Par ailleurs, les pertes sur créances restent contenues, avec trois établissements sur quatre ayant réduit leurs provisions et des indicateurs prospectifs de risque de crédit demeurant stables.
Il n’empêche : "La baisse des taux d’intérêt exercera une pression à la baisse sur les marges bancaires et la rentabilité, inversant les améliorations observées depuis 2022 grâce à la forte remontée des taux, qui avait permis aux banques européennes d’accroître leur rentabilité et leur capacité à générer du capital de manière organique. Des taux plus bas constitueront un vent contraire sur ces deux plans", prévient Marco Troiano, responsable de la notation des institutions financières chez Scope Ratings.
Les Américains misent sur les banques européennes
Pour l’heure, ces préoccupations ne semblent toutefois pas agiter les investisseurs. Malgré la forte progression enregistrée par le secteur depuis le début de l’année, l’appétit reste intact. L’indice SX7P des banques européennes a grimpé de 30 %, tandis que le SX7E, qui se concentre sur les banques de la zone euro, affiche une envolée de 39 %, bien au-delà des 8 % de performance totale enregistrée par le Stoxx Europe 600 (SXXP).
Les analystes de Barclays, qui ont récemment mené une série de rencontres avec des investisseurs américains — à la fois des fonds spéculatifs et des gérants “long only” — rapportent un sentiment globalement favorable. "Les investisseurs que nous avons rencontrés restent positifs sur les banques européennes et souhaitent maintenir leur exposition au secteur, malgré le rallye de début d’année. Ils estiment que le potentiel de revalorisation n’est pas épuisé, que les fondamentaux demeurent solides et que les risques macroéconomiques se sont atténués", indiquent-ils.
Plus encore, notent-ils, les inquiétudes relatives à l’environnement économique ou à une éventuelle hausse des provisions ne semblent pas dominer les esprits. "Nous n’avons pas été interrogés sur les risques macroéconomiques ni sur la sensibilité des banques à la baisse des taux ou à une remontée des provisions, ce qui suggère que ces sujets préoccupent nettement moins les investisseurs à ce stade."
Norme FRTB : l’Europe gagne du temps
Il est un point, en revanche, qui retient particulièrement l’attention : la réglementation, et plus précisément la réaction de l’Europe face à la déréglementation américaine. Ce sujet dépasse d’ailleurs le seul cercle des investisseurs. Sur ce front, alors que les acteurs du marché évaluent les opportunités et risques, l’agence Scope Ratings "suit de près les évolutions de la politique financière américaine, notamment d’éventuelles modifications de la régulation bancaire, des atteintes à l’indépendance de la politique monétaire ou encore des changements du cadre de coopération internationale garantissant la stabilité financière".
Au cœur de ces débats figure la norme FRTB (Fundamental Review of the Trading Book), composante technique et spécifique des exigences de Bâle III, centrée sur le risque de marché. Initialement prévue pour une entrée en vigueur au 1er janvier 2026, sa mise en œuvre devrait être reportée d’un an, au 1er janvier 2027, selon des informations relayées par Reuters et confirmées par la commissaire européenne Maria Luís Albuquerque lors d’une réunion des ministres des finances de l’Union européenne le 13 mai. Ce report intervient alors que la BCE a récemment proposé, dans une contribution à la consultation publique sur la FRTB, plusieurs compromis visant à alléger certaines exigences.
Face à un possible désengagement des États-Unis du cadre bâlois, à la prudence du Royaume-Uni et au pragmatisme du Canada, les institutions européennes cherchent manifestement à éviter un désavantage réglementaire durable par rapport à leurs concurrents internationaux. Une période de réflexion offrant l’opportunité à l’Europe d’affiner sa régulation afin de préserver à la fois sa solidité et sa compétitivité.
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