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Les banques européennes à l’épreuve du conflit au Moyen-Orient / Un choc externe susceptible d’affecter revenus et qualité des actifs
Les banques européennes avaient abordé 2026 en position de force. Après six semaines de conflit, une guerre au Moyen-Orient vient en troubler les perspectives. Depuis le déclenchement du conflit iranien fin février, les capitales diplomatiques s’agitent en vain, les négociations butent sur des préalables incompatibles, et les frappes se poursuivent. À mesure que le conflit s’installe, avec désormais la perspective d’un enlisement au-delà du mois de juin, la question posée aux établissements du Vieux Continent dépasse la seule conjoncture : il s’agit désormais de savoir si un cycle de profitabilité historiquement favorable peut résister à un tel choc externe qu’ils n’avaient pas anticipé.
Dans son scénario central, celui d’un conflit sans impact macroéconomique durable, Fitch Ratings maintient des prévisions solides dans sa dernière étude trimestrielle sur le secteur : un ratio médian de résultat opérationnel sur actifs pondérés par les risques (RWA) attendu autour de 3 % en 2026, après 3,1 % en 2025. Un niveau qui avait déjà permis à sept établissements d’atteindre leur meilleur ratio opérationnel depuis quinze ans. Seules quatre banques affichaient alors un retour sur fonds propres inférieur à 10 %. Le secteur, structurellement, s’est transformé. C’est désormais cette solidité qui est mise à l’épreuve.
Un choc exogène aux effets cumulés
Son scénario adverse, celui d’un conflit se prolongeant au moins jusqu’à fin juin, prévoit que ses prévisions « pourraient être revues sensiblement à la baisse si la situation en Iran devait s’inscrire plus durablement que dans notre scénario central ». Les canaux de transmission sont bien identifiés : hausse des prix de l’énergie, repli des marchés actions, contraction de la demande de crédit. Mais leur combinaison simultanée constitue un cocktail rarement observé en dehors des grandes crises systémiques.
Sur le plan des revenus d’abord, la dynamique de 2025 avait été portée par une conjonction favorable : des marges nettes d’intérêt (NIM) qui, malgré une légère compression à 1,5 % en médiane contre 1,6 % en 2024, avaient été compensées par la croissance des volumes et la diversification des revenus hors intérêts. Pour 2026, Fitch anticipait une hausse du produit net d’intérêt (PNI) de quelques points de pourcentage pour la plupart des banques, avec des nuances géographiques significatives : les établissements d’Europe du Sud devaient bénéficier d’une accélération du crédit et d’une atténuation des pressions sur les marges, les banques françaises d’un repricing progressif de leurs portefeuilles de prêts et d’une baisse des coûts de refinancement, tandis que les établissements britanniques s’appuyaient sur leurs importants revenus de couverture structurelle, les « structural hedges », pour amortir l’impact de la baisse des taux. Ces ressorts restent valides dans le scénario central, mais un choc durable sur l’énergie et l’inflation les fragilise simultanément.
Le choc énergétique en première ligne
Sur le front du risque, les indicateurs demeurent également bien orientés. Le ratio médian de créances douteuses a reculé à 2,1 % fin 2025 contre 2,3 % un an plus tôt, tandis que le coût du risque s’est établi à 26 points de base des encours de crédits, malgré quelques dépassements ponctuels au-dessus des moyennes historiques. Fitch anticipe un niveau autour de 30 points de base en 2026 dans son scénario central. Les coussins de capital offrent une marge de sécurité supplémentaire, avec un ratio CET1 médian de 14,2 % à fin 2025, permettant d’absorber des distributions élevées tout en maintenant des marges de manœuvre.
Cet équilibre reste toutefois exposé à l’incertitude géopolitique. Le risque ne réside pas dans une exposition directe significative, qualifiée de faible pour la grande majorité des établissements, mais dans les effets de second tour sur l’économie européenne.
Parmi les canaux de transmission, celui de l’énergie apparaît central. L’escalade du conflit alimente une hausse des prix, avec des répercussions immédiates sur les coûts des entreprises et le pouvoir d’achat des ménages. « L’escalade du conflit iranien pourrait considérablement affecter les conditions de crédit en Europe, principalement via une hausse des prix de l’énergie et une baisse des marchés actions », souligne Fitch. Car la baisse des marchés actions, également mentionnée par l’agence, affecterait les revenus de marché et les activités de gestion d’actifs. Dans un environnement de volatilité accrue, les flux pourraient se contracter et les valorisations se dégrader, ce qui pèserait sur des revenus déjà soumis à des effets de cycle. Cette sensibilité est d’autant plus marquée que la diversification vers les commissions et les activités de marché constitue un pilier du maintien de la rentabilité autour de 3 %.
Des tensions susceptibles de remonter dans les bilans
Dans un scénario prolongé, les conséquences se diffuseraient rapidement dans les bilans bancaires. Fitch évoque explicitement le risque qu’« un choc prolongé accroisse les risques sur la qualité des actifs », en particulier dans les secteurs les plus exposés. Les industries énergivores et les segments les plus sensibles aux taux, notamment l’immobilier commercial ou certaines entreprises fortement endettées, apparaissent en première ligne. Une détérioration de ces portefeuilles pourrait rapidement se traduire par un coût du risque supérieur aux 30 points de base anticipés et inverser la tendance observée depuis deux ans sur les créances douteuses.
À ces effets s’ajoutent des mécanismes plus diffus. Selon Fitch, le choc pourrait « réduire la demande de crédit, peser sur la qualité des actifs et augmenter les coûts de financement ». Une contraction de la demande de prêts viendrait limiter la croissance du produit net d’intérêt, attendue en progression modérée dans le scénario central, tandis que la hausse des coûts de financement pourrait accentuer la pression déjà observée sur les marges, revenues à 1,5 %. Dans ce contexte, l’équilibre entre croissance des revenus et discipline sur les coûts, déterminant pour la génération de capital, serait plus difficile à maintenir.
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