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Quand le cycle ne suffit plus aux banques européennes / La rentabilité redevient une affaire de modèle

Derrière des résultats encore robustes, le secteur bancaire européen entre dans une nouvelle phase. La fin du soutien des taux met en lumière des divergences croissantes de performance, désormais largement dictées par les choix de modèle, de coûts et de positionnement.
Les tours jumelles du siège social de la banque allemande Deutsche Bank. (Photo by THOMAS LOHNES / GETTY IMAGES EUROPE / Getty Images via AFP)
Les tours jumelles du siège social de la banque allemande Deutsche Bank. (Photo by THOMAS LOHNES / GETTY IMAGES EUROPE / Getty Images via AFP)

La parenthèse des taux élevés se referme sans bruit pour les banques européennes, qui doivent désormais démontrer que leur rentabilité ne tenait pas qu'au cycle. C'est, en substance, le diagnostic que pose Eurogroup Consulting dans la troisième édition annuelle de son étude sur les performances des banques européennes, qui ausculte les résultats de vingt-quatre établissements du continent pour l'exercice 2025.

Le tableau d'ensemble reste flatteur en apparence. Les revenus agrégés du panel atteignent 641,8 milliards d'euros, en progression de 4,7 % depuis 2023. L'indice boursier Stoxx Banks affiche une surperformance de 109 % par rapport au Stoxx Europe 600 depuis 2022. Mais ces chiffres globaux masquent une réalité plus nuancée : le résultat avant impôts n'a progressé que de 2,5 % sur la même période, signe d’une absorption croissante par les coûts. « On est revenu à un environnement d'inflation plus stable, avec des taux d'intérêt eux aussi revenus à des niveaux plus standards. C'est donc un contexte un peu moins porteur », résume à WanSquare Matthieu Prieuret, managing partner chez Eurogroup Consulting.

 

Un effet de ciseaux qui se resserre

 

L’effet de ciseaux, qui mesure l’écart de progression entre revenus et coûts et sert de thermomètre de la rentabilité opérationnelle, matérialise le changement de régime. Il est revenu autour de 2 % en moyenne en 2025, contre 3,77 % un an plus tôt. « On voit qu’il est nettement moins marqué que l’année dernière, autour de la moitié en moyenne, avec une dispersion assez importante », observe Matthieu Prieuret. Les écarts sont en effet considérables, de +11,5 % pour NatWest à -12 % pour ABN Amro.

Cette dispersion renvoie d’abord à des spécificités géographiques marquées, sans pour autant s’y limiter. « Les facteurs de différenciation tiennent avant tout aux géographies, aux modèles et au positionnement des établissements », analyse Matthieu Prieuret. Les banques espagnoles, portées par leur exposition aux crédits à taux variable et par une diversification internationale plus affirmée, affichent ainsi un taux de croissance annuel composé de 2,7 % sur la période 2010-2025. À l’inverse, les établissements allemands, confrontés à des pressions concurrentielles structurelles sur leur marché domestique, enregistrent un recul de 0,6 % sur la même période.

 

Commissions et discipline font la différence

 

Le ratio coûts sur revenus offre un autre angle de lecture de ces écarts. UniCredit et BBVA affichent des niveaux de 38,5 % et 38,8 %, loin de la moyenne du panel à 54,9 % - et plus encore des 81,1 % d’UBS, encore pénalisée par l’intégration de Credit Suisse. Ces différences ne relèvent pas du cycle, mais de choix accumulés dans le temps : positionnement des activités, discipline sur les coûts, structure des revenus. L’étude le souligne : « la croissance des résultats est désormais davantage liée à des facteurs structurels : la résilience des revenus de commissions, l’optimisation du bilan et une allocation disciplinée du capital ».

Sur ce plan, la performance par métier apporte un éclairage précieux. La banque de détail, qui reste le principal contributeur aux revenus du secteur, recule de 0,9 % depuis 2023, pénalisée par la normalisation des marges. À l’inverse, la banque de financement et d’investissement fait preuve d’une plus grande résilience, avec un taux de croissance annuel composé (CAGR) de 5,3 % sur la période et une amélioration de 6 points de son ratio coûts sur revenus en 2025. Mais c’est la gestion d’actifs et de fortune qui se distingue le plus nettement, avec un CAGR de 7,4 % et un gain de 3 points sur le ratio coûts sur revenus. Au total, les activités fondées sur les commissions apparaissent comme un amortisseur structurel face à la compression des marges d’intérêt, un levier dont tous les établissements ne disposent pas au même degré.

 

La fin de la prime à la taille

 

La recomposition se lit aussi dans la hiérarchie des acteurs. « La taille d’une banque n’est plus un gage de croissance des revenus ni de rentabilité », observe Matthieu Prieuret. Les données de l’étude en donnent une traduction concrète : les établissements les plus petits affichent la plus forte progression des revenus en 2025, à +6,8 %, quand les plus grands enregistrent un léger recul de 0,3 %. Cette remise en cause se prolonge dans les valorisations. « Il n’y a plus de prime à la taille. En revanche, on observe une corrélation entre le return on equity et la valorisation », ajoute-t-il.

C'est précisément à l'aune de cette tension entre taille et rentabilité que se lisent les choix de capital en cours. Huit établissements du panel ont annoncé des programmes de rachat d'actions pour 2026, totalisant environ 15,8 milliards d'euros - de 867 millions pour NatWest à 5 milliards pour Santander. D’autres misent sur la consolidation, à l'image d'UniCredit avec sa prise de participation dans Commerzbank, ou de Groupe BPCE en expansion au Portugal. Matthieu Prieuret y voit deux temporalités distinctes : « À court terme, les programmes de rachat d’actions sont la solution la plus directe. À moyen et long terme, ce sont plutôt des opérations de consolidation pour renforcer le modèle. »

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