Banques / Banques européennes
Banques
Banques européennes
Des banques européennes en avance sur leur valorisation / En 2026, l’IA et le M&A devraient aussi entrer dans l’équation
Après une année de rattrapage spectaculaire, le marché hésite encore sur ce qu’il doit vraiment payer.
Les faits sont là : les banques européennes ont affiché un rendement total, dividendes compris, de 66 % en 2025, contre 18 % pour le marché, porté par des révisions de bénéfices en hausse de 10 % et par une revalorisation des multiples, le P/E du secteur ayant progressé de 2,3 points, observe UBS dans son étude récemment publiée sur les perspectives 2026 du secteur bancaire européen. Pour autant, à environ 8,8 fois les bénéfices attendus à horizon 2027, le secteur se traite encore avec une décote proche de 35 % par rapport au marché actions européen dans son ensemble. Le rattrapage a été intégré. Pas le potentiel structurel.
Cette hésitation est d’autant plus frappante que le cycle opérationnel s’améliore de manière plus diffuse qu’anticipé. Le point bas du produit net d’intérêt a été atteint début 2025 et la reprise s’est progressivement élargie. UBS souligne qu’à l’horizon mi-2026, la quasi-totalité des établissements de son univers devrait renouer avec une croissance séquentielle du produit net d’intérêt (NII), soutenue par la stabilisation des marges, le redémarrage du crédit et la normalisation des dépôts. La dynamique bénéficiaire apparaît ainsi moins dépendante du seul cycle des taux qu’au cours des années précédentes.
Une lecture partagée par Deutsche Bank, pour qui la croissance des revenus devrait désormais reposer sur une combinaison plus équilibrée entre NII, commissions et volumes de crédit. "2026 sera l’année de la croissance", écrivent ses analystes dans leur propre étude sur les perspectives du secteur en 2026,. Ils y voient un changement de régime bien plus qu’un simple prolongement cyclique. Le retour de la croissance, porté notamment par le redémarrage du NII, s’impose ainsi comme un troisième pilier de la performance, après la rentabilité et le rerating déjà intervenu.
Une décote de plus en plus difficile à justifier
Dans ce contexte, la persistance d’une forte décote sectorielle commence à interroger. UBS rappelle que le secteur est en mesure de générer une croissance du bénéfice par action de 8 à 9 % en 2025 et 2026, puis de 11 % en 2027, "sans modification des tendances de coûts existantes ". Autrement dit, la croissance bénéficiaire attendue repose déjà sur des moteurs identifiés et visibles, alors même que les multiples demeurent proches de leurs niveaux historiques, comme si le marché n’anticipait aucune amélioration supplémentaire du profil de rentabilité.
C’est précisément sur ce décalage que se greffe, selon UBS, une option que le marché n’a pas encore arbitrée : l’intelligence artificielle. " 2026 sera probablement l’année où le marché décidera, d’une part, si l’IA constitue un levier majeur de productivité mondiale et, d’autre part, si les banques en sont des bénéficiaires significatifs", estime la banque. Le potentiel est substantiel. UBS évoque des réductions de coûts de 15 à 20 %, susceptibles de se traduire, à terme, par près de 20 % de résultat avant impôt supplémentaire.
L’IA ne pèsera pas par ses effets immédiats, encore absents des comptes, mais par le moment où le marché jugera crédible son potentiel de création de valeur. Et "même si cela prend des années – et nous pensons que ce sera le cas – l’enjeu est considérable pour un secteur qui affiche déjà une croissance du BPA de 11 %", souligne UBS. À partir du moment où cette option est jugée crédible, les multiples historiques cessent de constituer une référence suffisante.
Quand le capital appelle autre chose que des rachats d’actions
Une seconde option, tout aussi peu intégrée dans les valorisations, concerne le M&A. UBS rappelle que les banques européennes génèrent plus de 200 points de base de CET1 par an et disposent déjà d’un excédent de capital significatif. Dans ce contexte, " les rachats d’actions sont financièrement utiles, mais stratégiquement neutres", tandis que des acquisitions ciblées apparaissent comme un levier plus durable de création de valeur.
Les opérations observées en 2025, centrées sur la cession d’activités jugées non stratégiques et sur des acquisitions ciblées dans la banque digitale, l’épargne, la gestion d’actifs et l’assurance, pourraient ainsi préfigurer une accélération en 2026. UBS souligne que ces mouvements répondent à une double logique : améliorer le positionnement stratégique des établissements et utiliser un excès de capital devenu structurel, dans un contexte où les rachats d’actions offrent un rendement décroissant à mesure que les valorisations se redressent.
Il est intéressant de noter que ce scénario ne repose pas sur une prise de risque excessive du point de vue du crédit et des bilans. Malgré l’impact de la finalisation de Bâle III et de l’activité de M&A, les coussins de capital moyens restent confortables, observe de son côté Scope Ratings. L’agence anticipe une "dégradation modérée de la qualité des actifs ", mais estime qu’elle " ne devrait pas avoir d’impact significatif sur la qualité du crédit " dans son scénario central.
L’année écoulée a, en revanche, brouillé certains repères boursiers. Les banques affichant les niveaux de rentabilité les plus modestes ont paradoxalement surperformé en 2025, à la faveur d’un rattrapage massif des dossiers décotés. "Ce schéma sera plus difficile à reproduire " en 2026, prévient UBS, alors que les reratings les plus rapides ont déjà été réalisés.
Pour 2026, l’enjeu devrait se déplacer ainsi vers une différenciation accrue des trajectoires. La décote sectorielle ne pourra plus, à elle seule, porter la performance, la fin du rattrapage appelant désormais un arbitrage beaucoup plus fin entre les modèles.
Reproduction et diffusion interdites sans autorisation écrite

