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Sanofi signe sa plus grande acquisition depuis 2019 / Blueprint Medicines au cœur d’une stratégie renforcée dans les maladies rares

Avec l’acquisition de Blueprint Medicines pour plus de 9 milliards de dollars, Sanofi accélère son offensive dans les maladies rares et les pathologies immunologiques. Au cœur de l’opération, l’Ayvakit, un médicament au potentiel de 2 milliards de dollars, illustre la volonté du groupe de préparer l’après-Dupixent tout en consolidant ses piliers stratégiques.
Paul Hudson, le directeur général de Sanofi - Photo by MIGUEL MEDINA / AFP
Paul Hudson, le directeur général de Sanofi - Photo by MIGUEL MEDINA / AFP

Il s’agit de la plus grande opération de croissance externe de Sanofi depuis six ans. Le groupe pharmaceutique français a annoncé ce lundi l’acquisition de la biotech américaine Blueprint Medicines pour environ 9,1 milliards de dollars, la valorisation pouvant atteindre 9,5 milliards en fonction de la réalisation d’étapes cliniques et réglementaires. Soit sa troisième plus grande acquisition depuis celle de Genzyme en 2011 pour laquelle le laboratoire avait alors déboursé 20 milliards de dollars. L’opération avait marqué l’entrée décisive de Sanofi dans le secteur des maladies rares. Le groupe avait ensuite structuré autour de Genzyme une entité dédiée à ces pathologies, ainsi qu’à l’oncologie et aux maladies auto-immunes, devenue depuis un pilier stratégique de son portefeuille.

C’est justement pour renforcer cette activité que l’entreprise dirigée par Paul Hudson vient de jeter son dévolu sur Blueprint Medicines. Cotée au Nasdaq, cette société biopharmaceutique américaine est spécialisée dans la mastocytose systémique, une maladie immunologique rare, et d’autres pathologies liées à des mutations du KIT, une protéine impliquée dans la croissance cellulaire, dont les dérèglements peuvent entraîner des maladies rares ou certains cancers.

 

Ayvakit, un médicament au potentiel de 2 milliards de dollars

 

Avec cette acquisition, Sanofi met en particulier la main sur un médicament prometteur, l’Ayvakit (ou Ayvakyt en Europe), un traitement approuvé depuis 2020 pour soigner certains types de tumeurs digestives (appelées tumeurs stromales gastro-intestinales). Il a aussi reçu l’autorisation en 2021 aux États-Unis pour une forme sévère d’une maladie rare appelée mastocytose systémique avancée, qui se caractérise par une accumulation anormale de cellules mastocytaires (des cellules du système immunitaire) dans l’organisme et qui peut entraîner des complications graves. Plus récemment, en 2023, l’Ayvakit est devenu le premier médicament approuvé pour traiter une forme plus modérée, mais très invalidante, de cette maladie, la mastocytose systémique indolente, aux États-Unis puis en Europe.

Au premier trimestre 2025, Ayvakit a généré près de 150 millions de dollars de chiffre d’affaires. Pour l’année 2025, les projections de ventes annuelles sont comprises entre 700 et 720 millions de dollars, avec un objectif ambitieux d’atteindre 2 milliards de dollars de chiffre d’affaires net mondial d’ici 2030.

Dans la stratégie de Sanofi, les acquisitions jouent un rôle important mais ciblé, en soutien à un effort renforcé en R & D. A l’automne 2023, Sanofi avait surpris les marchés en choisissant d’augmenter significativement ses investissements en recherche et développement. De 6,7 milliards d’euros en 2023, le budget de R & D est monté à 7,4 milliards d’euros en 2024 et devrait encore augmenter de 700 millions d’euros en 2025, dans le cadre de sa stratégie "Play to Win" visant à devenir leader mondial en immunologie et maladies rares.

 

Un track record solide en matière de fusions-acquisitions

 

En complément, les opérations de croissance externe sont ainsi utilisées avec discernement pour consolider des domaines jugés prioritaires, sous des critères stricts. " L’objectif n’est pas de faire des acquisitions pour le plaisir, mais de nous assurer qu’elles soient pertinentes stratégiquement et scientifiquement, avec des actifs différenciants et une création de valeur pour nos actionnaires ", a rappelé lundi le directeur financier François Roger, lors d’une conférence téléphonique.

Et en la matière, Sanofi affiche un historique solide. Après le rachat emblématique de Genzyme en 2011, le groupe s’est renforcé avec Bioverativ (11,6 milliards de dollars en 2018) puis Principia Biopharma (3,7 milliards en 2020). " La valeur de cette dernière a probablement été multipliée par trois ou quatre aujourd’hui, et sans doute encore davantage à l’avenir ", a souligné le directeur financier.

À ces opérations majeures s’ajoutent des acquisitions de plus petite envergure, telles que celle de la biotech américaine Inhibrx, finalisée en mai 2024 pour environ 1,7 milliard de dollars, ou encore le rachat de Vigil Neuroscience pour environ 470 millions de dollars en mai 2025. Si bien qu’au total Sanofi a consacré environ 40 milliards d’euros aux fusions-acquisitions et aux accords commerciaux au cours de la dernière décennie. Sur ce total, seules 10 % des sommes investies — soit environ 4 milliards d’euros — n’ont pas généré le retour escompté, principalement dans l’oncologie, un domaine notoirement risqué. Alors que les décisions prises sur les 36 milliards restants ont permis de créer une valeur significative pour le groupe, a souligné François Roger.

 

L’après-Dupixent sous surveillance des marchés et des analystes

 

En Bourse, les investisseurs se montrent néanmoins prudents vis-à-vis de la dernière acquisition, dont les effets ne se feront pas tout de suite sentir. L’action Sanofi reculait d’environ 2 % lundi après-midi, à 86 euros. L’opération, attendue pour le troisième trimestre 2025, n’aura qu’un impact limité sur les résultats de l’année en cours, mais devrait être relutive dès 2026 sur la marge brute, le résultat opérationnel et le bénéfice par action.

Au-delà de cette opération, le principal enjeu stratégique pour Sanofi reste la préparation de l’après-Dupixent. Le multi-blockbuster, qui a généré 13,1 milliards d’euros de ventes en 2024, verra son brevet expirer en 2029, avec une exposition potentielle aux biosimilaires dès 2031. Or, les dernières nouvelles en provenance de la R & D rappellent la difficulté de bâtir un successeur.

Vendredi, le groupe a publié des résultats contrastés sur l’itépekimab, un anticorps expérimental ciblant la bronchopneumopathie chronique obstructive (BPCO) chez les anciens fumeurs. Sur les deux essais de phase III menés, un seul a atteint son critère principal d’efficacité. Le potentiel du produit n’est pas remis en cause à ce stade, mais un essai complémentaire pourrait être nécessaire avant un dépôt de dossier réglementaire.

Les analystes de Jefferies tablent désormais sur un lancement repoussé de deux ans, en 2028, avec des coûts de développement supplémentaires en 2026-2027. Malgré ce décalage, ils maintiennent une estimation de pic de ventes à 2 milliards de dollars, avec une probabilité de succès de 50 % et une valeur actualisée nette de 0,8 euro par action — un ajustement jugé marginal par rapport à leur précédente valorisation.

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