Feuilleton de l'été / L'Oréal / Benjamin Helman
Feuilleton de l'été
L'Oréal / Benjamin Helman
Série d’été - ces jeunes leaders qui construisent la France de demain /
Benjamin Helman, directeur de cabinet de Nicolas Hieronimus chez L'Oréal
Si la voix du directeur général de L’Oréal, Nicolas Hieronimus, est écoutée et porte dans le monde, celle de Benjamin Helman, son directeur de cabinet, veille à ce que tout s’accorde. Son poste, qu’il occupe depuis 2024, est encore jeune dans la maison L’Oréal. "C’est un rôle qui a été créé avec mon prédécesseur, Benjamin Lancar, et qui est en train de se structurer dans beaucoup d’entreprises du CAC 40, des start-up, ou même des ETI ", explique Benjamin Helman, à WanSquare.
Le numéro un mondial de la beauté n’avait en effet pas ressenti jusqu’en 2021 le besoin d’un "chief of staff" - fonction bien connue des cabinets ministériels -, mais l’arrivée de Nicolas Hieronimus à la tête du groupe, dans un contexte post-Covid marqué par une instabilité géopolitique croissante, a imposé de nouveaux besoins. "Il fallait une personne capable de faire le lien entre le dirigeant et un écosystème complexe, tant en interne qu’en externe", poursuit-il.
Un métronome
Son rôle ? Maîtriser le temps. Benjamin Helman se définit lui-même comme un métronome. "Le rôle du chief of staff, c’est d’abord d’allouer le temps du dirigeant. 70 à 75 % de son agenda est pris par des obligations internes. Il faut donc identifier les véritables priorités stratégiques, recommander où porter l’attention, et s’assurer que chaque minute passée serve la vision stratégique de l’entreprise", décrit Benjamin Helman, rappelant "qu’un dirigeant, c’est un athlète corporate. Il faut composer un agenda qui respecte son rythme ".
Pour cela, le directeur de cabinet veille à mobiliser toutes les expertises internes pour préparer entre autres les rencontres, les échéances incontournables comme les assemblées générales, la publication des résultats financiers, les réunions du comité exécutif, et même les interviews avec les journalistes. "Mon travail est aussi de faire en sorte que le directeur général soit en avance sur son temps, c’est-à-dire nourri intellectuellement et stimulé par des idées neuves. Aussi, j’essaie d’intégrer des dimensions extra-business dans la prise de décision, des réflexions issues du monde des idées, de la politique, etc", relate-t-il.
Et avec un dirigeant aussi curieux et cultivé que Nicolas Hieronimus, le dialogue est fertile. "Il adore les arts, la musique, le sport et il est très connecté à la société", reconnaît-il. C’est là que Benjamin Helman se distingue : ce regard externe, c’est aussi le sien.
Une idée de grandeur
Il faut dire que son parcours n’était pas écrit d’avance pour le monde de l’entreprise. Tout petit, il se rêvait au service de l’État. Né dans une famille d’artistes – son père Henri Helman est réalisateur de films pour le cinéma et la télévision, son grand-père, Robert Helman, était peintre – Benjamin Helman grandit au cœur du Quartier latin, à Paris, dans les valeurs de la République, de la méritocratie et de l’histoire de France. "J’ai grandi dans une forme de culte de la grande aventure française, il y avait une idée de grandeur, presque sacrée", confie-t-il.
À Sciences Po, il se destine naturellement à la haute fonction publique. "Science Po offre une formation très internationale. J’ai eu la chance de vivre un an à Rome ". Il effectuera nombre de stages dans les hautes sphères de l’administration française, comme à la Représentation permanente de la France à Bruxelles ou la Direction générale du Trésor. Un été, il assistera aussi Brigitte Boucher, journaliste chez LCP, la chaîne dédiée à l’Assemblée nationale. "Une partie de ma promo est devenue fonctionnaire, une autre journaliste, j’étais en classe par exemple avec Benjamin Duhamel, nous partagions tous une appétence pour la politique, au sens noble du terme", nous raconte Benjamin Helman. Mais quelque chose lui manque.
Un impact concret et direct
C’est lors d’un stage chez LVMH qu’il découvre les affaires publiques en entreprise, et surtout leur dimension stratégique et transversale. Le déclic est là. "Ce sont des petites équipes, mais au contact des enjeux clés, du top management, dans une logique à la fois stratégique et très concrète dans l’action ", observe-t-il.
Il décide alors de bifurquer, se forme à la London School of Economics, et l’Université de New York, puis entre chez L’Oréal en 2020, dans le bureau des affaires publiques européennes, d’abord à Bruxelles, puis au siège à Paris, auprès de Cynthia Sanfilippo, directrice des affaires publiques du groupe. "Je me suis rendu compte que j’avais besoin d’une forme d’impact direct. L’Oréal m’a permis de le trouver. Chez L’Oréal, nous avons un impact immense, avec plus d’un milliard de consommateurs, une présence dans 150 pays et 90 000 collaborateurs, soit une vraie capacité à transformer la société".
Très vite, Benjamin Helman comprend que l’aventure L’Oréal est une aventure entrepreneuriale ouvrant de nouveaux horizons. "Je me suis pris de passion pour le métier de la beauté. Un métier très concret, qui apporte du bien-être aux gens, dans une entreprise aux multiples facettes : scientifique, technologique, créative, etc. Et je l’ai ressenti très rapidement. Pas uniquement parce que le groupe dépose des centaines de brevets chaque année, mais dans la culture de l’entreprise, très entrepreneuriale, très innovante et en définitive très familiale malgré l’échelle du groupe ", reconnaît-il.
De fait, du développement durable à l’innovation dans la "Beauty tech", en passant par la beauté inclusive, les chantiers sont vastes. "Nous avons lancé récemment un accélérateur d’innovation durable. Ce sont des sujets très concrets, qui contribuent au bien commun", nous fait-il remarquer.
Une culture qui force la loyauté
C’est aussi son parcours qui a facilité sa transition avec son prédécesseur. "La passation a été très fluide", nous confie-t-il. "Nous avions des profils différents. Benjamin (Lancar) venait de la politique, moi des affaires publiques. Il a accompagné Nicolas Hieronimus dans sa prise de fonction à la direction générale, quand j’ai pris le relais au moment du déploiement de la stratégie. Autrement dit, Benjamin a établi et élevé la fonction, de chief of staff, je l’incarne peut-être dans une phase plus opérationnelle mais tout aussi stratégique ", souligne Benjamin Helman.
Une complémentarité qui reflète une valeur cardinale chez L’Oréal : la confiance. "La générosité au sein du groupe est bien réelle. C’est d’ailleurs Benjamin, et Jean-Claude Le Grand, directeur des relations humaines du groupe, qui ont pensé à ma candidature pour le poste quelques mois après que je leur en ai exprimé l’envie", poursuit-il.
Et à l’image de son prédécesseur – Benjamin Lancar est aujourd’hui business unit general manager pour les marques Yves Saint laurent Beauty et Armani Beauty en Thaïlande, Benjamin Helman a une ambition bien enracinée chez L’Oréal. "J’ai une volonté claire de me rapprocher du business. J’espère un jour prendre des responsabilités opérationnelles, peut-être à l’international, dans une marque, dans un pays", nous confie-t-il, admirant la méritocratie qui règne au sein de l’entreprise. "Ici, on vous donne des défis, on vous forme. On peut avoir plusieurs vies. En contrepartie, une loyauté se créer naturellement. Si bien que L’Oréal doit probablement compter l’un des Comex du CAC 40 composé du plus grand nombre de dirigeants qui ont effectué l’essentiel de leur carrière au sein de l’entreprise".
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