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USA; Etats-Unis; Europe; R&D

Macro-économie / Taux / OFCE / PIB par habitant / croissance

Macro-économie / Taux
OFCE / PIB par habitant / croissance

Le retard pris par les économies européennes sur les États-Unis ne s’explique pas par les coûts / A contrario la productivité du travail est mise en cause par l’OFCE

Les coupables ne sont pas toujours ceux qu’on croit. Parfois désignés comme responsables du déclin de l’économie européenne, sa désindustrialisation et une baisse supposée de son volume de travail n’expliquent cependant pas la divergence des rythmes de croissance du PIB par tête européen et américain depuis le début du siècle. D’autres pistes sont jugées plus probantes par l’Observatoire français des conjonctures économiques, notamment celle qui a trait aux montants plus conséquents consacrés à la R & D de l’autre côté de l’Atlantique.
Station F. Photo by Riccardo Milani / Hans Lucas via AFP
Station F. Photo by Riccardo Milani / Hans Lucas via AFP

Impossible de rater le décrochage du continent, incapable de suivre la croissance du revenu par habitant américain. Sur la période allant de 2000 à 2022, la zone euro est passée d’un revenu par habitant équivalent à 85 % de celui américain, à uniquement 78 %. Pour illustrer ce déclin relatif du Vieux continent, l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE) met en avant l’analyse des parts de marché à l’exportation, jugée telle "un indicateur direct de la perte de compétitivité des biens européens" et constate que l’ensemble des pays européens voient leurs parts diminuer à compter de 2005.

Pourtant du côté de l’institution de la place de Catalogne on réfute l’hypothèse d’un volume de travail qui aurait pénalisé l’Europe, au contraire ses experts expliquent qu’en ce qui concerne la France, la dynamique y a plutôt "contribué à contenir le décrochage plutôt qu’à l’accélérer". Continuant sur l’exemple tricolore, la publication de l’OFCE explique que " l’écart de gains de productivité entre les deux pays est principalement attribuable à trois secteurs d’activité : l’information et la communication, les industries manufacturières et le commerce et la réparation automobile ". Un trio qui contribue à plus de la moitié de l’écart – relativement aux États-Unis - des gains de productivité du secteur marchand et fait affirmer aux auteurs que le décrochage productif provient également de plusieurs secteurs de services et pas uniquement de l’industrie manufacturière.

 

Cœur du mal

 

Les analyses de l’OFCE ne font pas de mystère concernant une "anémie française [qui] reflète à la fois un sous-investissement dans l’ensemble des actifs productifs et un retard persistant dans les gains d’efficacité globale". Une faiblesse hexagonale qui est élargie au niveau européen et qui a été présentée comme une explication " à un décrochage qui n’est pas dû au fait qu’on travaille de moins en moins relativement aux Américains". En présentant leurs résultats les auteurs ont souligné qu’un des faits saillants se trouvait être que les entreprises américaines ont su préserver leurs marges et in fine leurs capacités d’investissements.

Les donnés d’investissements par emploi marchand sont effectivement frappantes avec des montants alloués bien inférieurs en Europe : les États-Unis allouant près de 21 000 euros par emploi, là où la France en consacre 15 000, l’Allemagne 12 500 ou encore l’Italie 11 000. Fait inquiétant, les investissements américains en technologies de l’information et de la communication sont "près de quatre fois supérieurs à celui de la zone euro et des quatre pays européens étudiés". Ce qui ne manque pas de poser question au vu du potentiel de croissance du secteur et du fait qu’il ne s’agisse pas d’un phénomène isolé. Les équipes de l’OFCE expliquant que "les États-Unis dominent également l’Europe dans toutes les composantes du capital immatériel : en R & D comme en logiciels et bases de données, leurs niveaux sont systématiquement deux à trois fois plus élevés que ceux de la zone euro". Pourtant l’Europe ne manque pas d’épargne mais bien trop souvent celle-ci s’alloue de l’autre côté de l’Atlantique.

 

Sacrifice

 

On sent au fil de la lecture de la publication de l’OFCE qu’une hypothèse est dressée, celle d’entreprises européennes "qui ont préservé leur compétitivité coût par rapport aux États-Unis " et ce au détriment de leurs capacités d’investissements. Des écarts que l’OFCE refuse de réduire à un "simple constat comptable : ils se traduisent inévitablement par une sous-performance productive des économies européennes. Moins d’actifs en équipements productifs et en TIC, moins de capital immatériel : cela signifie des gains de productivité réduits et une moindre capacité à se différencier sur les segments les plus innovants".

L’ensemble de la compétitivité des biens et services européens est à même de souffrir d’un tel écart. En ce qui concerne la R & D privée l’écart est sans appel étant donné qu’elle représente 2,83 % du PIB aux États-Unis contre 1,48 % dans l’UE. La question de l’incapacité de l’Europe à faire émerger des grands champions pour subsister ceux disparaissant dans le secteur industriel émerge aussi, les auteurs considérant que "les grandes entreprises, lorsqu’elles sont innovantes et ouvertes sur l’international, peuvent exercer un effet d’entraînement sur l’ensemble de l’écosystème productif (fournisseurs, centres de recherche, start-ups) en structurant les filières et en diffusant les innovations". La politique de concurrence européenne ayant pu entraver ce développement tout en empêchant certains effets d’aubaines d’exister. Le constat est d’autant plus amer qu’il n’est pas étayé que le Vieux continent connaisse un retard scientifique mais plutôt que son problème "réside surtout dans le passage à l’échelle et la diffusion industrielle".

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