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Entreprises / Actions

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exclusif L’année 2026 vue par… Hinda Gharbi / Directrice générale de Bureau Veritas

EXCLUSIF. Quelle forme affichera l’économie française en 2026 ? Le manque de confiance envers les institutions politiques se traduira-t-il par un nouveau recul de l’investissement des entreprises dans notre pays ? L’Europe trouvera-t-elle les moyens de donner un coup d’arrêt à la déferlante manufacturière chinoise ? Quelles conséquences aurait une possible mise sous tutelle de la Fed par Donald Trump ? L’adoption de l’intelligence artificielle par les entreprises se transformera-t-elle enfin en levier de croissance ?   Autant de questions que vous vous posez et auxquelles WanSquare tente de répondre chaque jour grâce aux éclairages de chefs d’entreprise, investisseurs et économistes.
Hinda Gharbi, directrice générale de Bureau Veritas. Crédits : droits réservés
Hinda Gharbi, directrice générale de Bureau Veritas. Crédits : droits réservés

Quel est votre scénario de croissance en Europe et en France pour 2026 ?

 

En Europe comme en France, 2026 devrait être une année où les entreprises accélèrent la mise en œuvre des grandes mutations déjà engagées : diversification énergétique, modernisation industrielle, et accélération de la digitalisation avec l’intégration progressive de l’intelligence artificielle. Cependant, dans un environnement marqué par des tensions géopolitiques, des évolutions réglementaires rapides et des ajustements tarifaires, la Banque centrale européenne (BCE) maintient sa confiance dans la résilience de l’économie et pourrait relever à nouveau ses prévisions de croissance en décembre. Les taux devraient rester inchangés jusqu’à fin 2026.

Face à cette situation à la fois complexe et dynamique, il est plus que jamais nécessaire de maîtriser les risques, garantir la conformité et assurer la performance. C’est précisément le rôle de Bureau Veritas, qui est un partenaire de confiance entre entreprises, pouvoirs publics et consommateurs. Notre groupe vérifie et certifie la qualité, la sécurité et la durabilité de tout ce qui nous entoure. Avec notre expertise globale, nous aidons nos clients localement dans les 140 pays où nous opérons à prendre des décisions dans un contexte en évolution permanente. Notre présence en Europe – où nous réalisons 35 % de notre chiffre d’affaires – et notre ancrage en France nous offrent une bonne visibilité sur les grandes tendances économiques, les évolutions réglementaires et les attentes renforcées en matière de transparence et de fiabilité.

Ainsi, malgré des perspectives macroéconomiques contraintes, les grandes transformations en cours sont porteuses pour notre marché et Bureau Veritas est bien positionné pour en capter le potentiel.

 

De quelle manière les droits de douane américains et l’accroissement du secteur manufacturier chinois sont-ils susceptibles d’affecter vos prévisions ? Comment anticipez-vous leurs impacts sur vos activités ?

 

Les entreprises réorganisent leurs chaînes d’approvisionnement pour rester compétitives. Les évolutions tarifaires américaines et l’expansion du secteur manufacturier chinois ne s’inscrivent, en réalité, que dans un mouvement plus large de redéfinition des équilibres industriels.

Pour Bureau Veritas, ces changements se traduisent par une réorientation de nos activités vers les régions concernées. Lorsque les chaînes de valeur se déplacent, nos clients ont besoin de sécuriser leurs flux ou encore d’identifier de nouveaux partenaires de confiance. Notre présence mondiale nous permet d’accompagner ces redéploiements au plus près du terrain.

Cette diversification géographique est particulièrement visible au sein de notre activité Biens de consommation. La montée en puissance de pays comme le Vietnam, le Bangladesh ou le Mexique s’accompagne pour Bureau Veritas d’une hausse des missions d’audit, de contrôle qualité et de certification dans ces régions.

 

Malgré les tensions géopolitiques, les entreprises du CAC 40 ont délivré des performances solides au cours des derniers trimestres, grâce notamment à leur présence géographique diversifiée, et en particulier dans les pays émergents. Ces pays sont-ils devenus le nouvel eldorado de croissance des entreprises françaises et comptez-vous accélérer votre présence sur ces territoires cette année ?

 

Je ne parlerais pas "d’eldorado". Ce sont des marchés porteurs mais aussi des géographies souvent complexes qui nécessitent une compréhension fine des contextes locaux, des réglementations et des attentes sociétales.

Bureau Veritas est solidement implanté dans plusieurs de ces marchés, avec des équipes expérimentées sur le terrain qui ont accompagné la montée en standards de qualité, de sécurité et de durabilité. Nous travaillons par exemple avec la Société Financière Internationale (IFC), branche de la Banque mondiale, pour aider les pays émergents à développer des bâtiments plus faciles à construire, plus sobres en ressources et bas carbone, à un coût abordable.

Par ailleurs, notre développement dans ces régions s’inscrit dans la logique plus large de notre plan stratégique LEAP|28, qui prévoit une croissance forte sélective, guidée par la création de valeur et une gestion active de notre portefeuille, afin d’atteindre des positions de leader sur nos marchés. En 2026, nous poursuivrons cette trajectoire.

 

Les rapports Draghi, Noyer, Letta, bien que montrés en exemple, ne se sont traduits à ce jour que par peu de réformes concrètes en Europe, malgré la longueur du temps législatif. Quels sont pour vous les chantiers prioritaires à mener pour que l’Europe ne soit plus un marché mais redevienne une industrie ?

 

Ces rapports récents ont eu le mérite de poser clairement le diagnostic. Il s’agit maintenant de passer à l’exécution : offrir davantage de visibilité réglementaire, avancer sur les enjeux de simplification, renforcer le soutien à l’innovation, et investir dans les compétences.

Parmi ces priorités, j’ai, sur la question de la simplification, une conviction forte : je crois à une simplification intelligente. À la tête d’un groupe qui place les normes au cœur de ses métiers, je mesure très concrètement ce qu’elles permettent et ce qui gagnerait à être amélioré. Parce qu’elles garantissent la qualité, la sécurité et la transparence, les normes sont indispensables. Mais la rapidité des évolutions actuelles exige des cadres plus agiles et plus cohérents, pour faciliter des projets essentiels à notre ambition industrielle. En somme, il ne faut pas "plus" de normes mais "mieux" de normes.

Nous devons préserver l’exigence qui fait la force de l’Europe, tout en rendant son application plus fluide et mieux synchronisée. Il est important que l’on ne confonde pas les normes, qui protègent et structurent, avec les bureaucraties, qui créent une complexité stérilisante. C’est ainsi que nous transformons l’imprévisibilité en levier de confiance et de croissance.

Pour une entreprise comme Bureau Veritas, qui travaille quotidiennement à la mise en œuvre de ces normes aux côtés des acteurs industriels, une simplification bien conçue serait un levier puissant pour accélérer les investissements, encourager l’innovation et renforcer la compétitivité européenne.

 

Alors que le sujet de la souveraineté numérique européenne occupe le devant de la scène, comment articulez-vous cet enjeu à votre stratégie de groupe français, mais dont la présence est avant tout mondiale ?

 

La souveraineté numérique touche à la compétitivité des entreprises et à la capacité des États à protéger leurs citoyens. Cet enjeu peut sembler entrer en tension, voire en contradiction, avec la réalité de notre groupe : un acteur français, évoluant dans un cadre européen mais présent dans 140 pays et exposé à des écosystèmes numériques très différents.

En réalité, cette tension apparente est une force. Les standards européens nous offrent un cadre d’exigence élevé et notre présence mondiale nous permet de les appliquer, de les adapter et de les diffuser.

Cela se traduit de plusieurs manières dans nos activités. Nous concevons nos solutions numériques en intégrant dès l’origine les exigences européennes en matière de sécurité, de confidentialité et de protection des données, même lorsque les projets sont déployés en Asie ou en Amérique latine. Nous réalisons aussi des audits de cybersécurité, des évaluations d’algorithmes et des missions de vérification de l’intégrité des systèmes pour aider nos clients à maîtriser leurs technologies et leurs flux de données.

 

L’intelligence artificielle produit-elle déjà des effets sur vos activités, vos marchés et votre entreprise ? Dans quelle mesure anticipez-vous ses effets futurs sur votre compétitivité (réduction de coûts, gains de productivité…) ?

 

L’intelligence artificielle (IA) transforme profondément la manière dont les organisations travaillent et ouvre des perspectives en matière d’efficacité et de performance. Pour un groupe comme Bureau Veritas, dont l’un des piliers de notre plan stratégique LEAP|28 est d’accélérer la performance de nos opérations, l’IA est un levier naturel.

L’IA est déjà déployée en interne. Notre assistant intelligent est utilisé chaque semaine par plus de dix mille collaborateurs pour préparer leurs missions, accéder plus rapidement à la connaissance et partager l’expertise du Groupe. Nous avons aussi mis en place des bootcamps réguliers qui nous permettent d’identifier des cas d’usage et de prototyper des solutions pour améliorer notre performance. Cette transformation s’accompagne d’un effort massif de formation de nos équipes, car l’acculturation à l’IA est aussi importante que les outils eux-mêmes.

À terme, l’IA sera un levier majeur de compétitivité pour Bureau Veritas. Elle nous permettra d’accélérer nos opérations, d’améliorer la qualité de nos interventions et de renforcer la valeur apportée à nos clients, tout en accompagnant l’évolution des compétences au sein du groupe.

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