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François Villeroy de Galhau / Banque centrale européenne / revue stratégique
BCE : ceci n’est pas une révolution selon François Villeroy de Galhau
La lettre de François Villeroy de Galhau au Président de la République, exercice annuel auquel se livre chaque gouverneur de la Banque de France depuis 1945, ne pouvait demeurer muette sur la revue stratégique de la Banque centrale européenne (BCE) dont les conclusions viennent d’être livrées. "Ce n’est pas une révolution, mais c’est une sérieuse remise à neuf", a déclaré François Villeroy de Galhau, à l’occasion de la présentation de sa lettre.
Pour la première fois depuis près de vingt ans, l’institution de Francfort a fait évoluer sa définition de la stabilité des prix. Désormais, elle vise - symétriquement - une inflation de 2 % l’an à moyen terme. Un changement dont se félicite François Villeroy de Galhau en ce sens que l’objectif devient "plus simple, plus clair pour tous les acteurs économiques, et donc plus efficace", comparativement au précédent objectif d’une inflation "inférieure à, mais proche de 2 % l'an".
D’aucuns regrettent que le Conseil des gouverneurs ne se soit pas accordé pour cibler une inflation de 2 % en moyenne au cours du temps à l’image de ce qu’a décidé la Réserve fédérale américaine (par rapport à la cible, les déficits d’inflation passés sont compensés par des excès d’inflation futurs). "Ceci soulève de nombreuses questions de calcul [la durée sur laquelle est calculée la moyenne par exemple, N.D.L.R.] et entraîne des contraintes excessives", a justifié le Français.
D’autre part, comme son mandat l’y autorise, à condition que cela ne porte pas préjudice à la stabilité des prix, la BCE a fait le choix de s’engager dans la lutte contre le changement climatique. La prise en compte de ce phénomène est "un impératif", souligne François Villeroy de Galhau. La Banque centrale ne peut se permettre de détourner le regard car "le changement climatique est déjà facteur de risques financiers, et affecte notre capacité à atteindre la stabilité des prix, notre objectif principal", de fait, "les chocs dus au changement climatique peuvent provoquer à la fois des tensions à la hausse sur les prix et un ralentissement de l’activité", a expliqué le gouverneur.
Évidemment, "les banques centrales ne peuvent pas tout faire", reconnaît François Villeroy de Galhau, la taxe carbone n’étant pas de leur ressort, toutefois, "nous pouvons faire beaucoup". Un des chemins qu’empruntera la Banque centrale consistera à décarboner "progressivement" son bilan (7 907,8 milliards d’euros au 2 juillet 2021). Concrètement, "l’Eurosystème [les 19 banques centrales nationales et la BCE, N.D.L.R.] va adapter la valorisation de tous ses actifs corporate, qu’ils soient détenus au bilan de la banque centrale (les achats) ou pris en garantie (le collatéral)", détaille le gouverneur.
Cette démarche ne concerne donc pas les titres publics que l'Eurosystème détient, entre autres, en raison de ses programmes d'achat d'actifs (plus de 3 500 milliards d’euros en prenant en compte le PEPP) ou qui sont apportés en collatéral par les institutions financières lorsqu'elles se refinancent auprès de l'institution de Francfort. "Il y a deux raisons à cela", a soutenu François Villeroy de Galhau. D'une part, "c'est compliqué d'apprécier le risque climatique d'un État souverain et notamment de faire des différences très significatives entre les États de l'Union européenne", d'autre part, "ce sont les entreprises qui portent, pour l'essentiel, la responsabilité des émissions de gaz à effet de serre", a avancé le grand argentier.
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