Chroniques / Jean-Baptiste Noé
Chroniques
Jean-Baptiste Noé
Chronique
Droits de douane : le choc
par Jean-Baptiste Noé
Choc pour les Européens : Donald Trump a mis ses menaces à exécution en annonçant une hausse massive des tarifs douaniers. Industriels et agriculteurs craignent pour leurs activités ; l’Europe est groggy et réfléchit à la riposte.
En quelques semaines, Donald Trump a tout renversé et notamment les certitudes de la relation transatlantique. L’OTAN est ébranlée et les Européens semblent découvrir que la guerre économique est une réalité et que les tarifs douaniers en sont l’un des leviers. Après l’arme du dollar et l’arme du droit, dont Alstom et la BNP furent les victimes, voici celle des taxes, qui visent tant l’industrie que le secteur agricole.
Dans une mise en scène hallucinante, Donald Trump a donc sorti son tableau magique et ses chiffres mirobolants pour annoncer les pays taxés, comme autant de mauvais élèves. Bien malgré lui, il donne aussi une leçon d’économie sur ce que sont les échanges et sur le rôle des taxes.
Le consommateur paiera
Les tarifs douaniers sont d’abord un impôt payé par le consommateur, en l’occurrence américain. La hausse des taxes sera donc une hausse des prix. Le budget des ménages étant limité, s’ils achètent certains produits plus chers, ils devront donc réduire leur consommation ailleurs, engendrant des victimes collatérales des taxes. Scott Bessent, l’actuel secrétaire au Trésor, ne témoigne d’ailleurs pas d’une réjouissance folle lors des entretiens où il doit commenter les décisions de son président. Lui qui est un financier pur jus, gestionnaire de fonds spéculatifs, sait que les taxes américaines vont d’abord pénaliser les Américains. Promettre d’accroître le pouvoir d’achat et de lutter contre l’inflation tout en augmentant les taxes semble en effet deux positions contradictoires à tenir.
Autre problème auquel seront confrontés les Américains : la rentabilité des fonds de pension, dont une partie est investie en Europe. Une industrie européenne amoindrie, ce sont de moindres rentabilités. La guerre économique menée par Trump est donc aussi, par effet direct, une atteinte aux intérêts de ses électeurs et de son économie. Au-delà de l’annonce, il faut donc attendre la mise en place réelle et les conséquences effectives dans les prochaines semaines.
Trump avait déjà annoncé de fortes hausses des tarifs à l’encontre du Panama et du Mexique, sans que cela soit suivi d’effets puisqu’un accord avait finalement été trouvé avec ces deux pays : moins de présence chinoise au Panama et plus de surveillance à la frontière au Mexique. Pour l’Europe, il y aura probablement négociation autour des normes environnementales, qui sont un frein à l’export des industries américaines. La partie ne fait que commencer.
L’Europe dans l’embarras
Les Européens disent vouloir réagir, mais sans savoir comment. Le pire serait d’accroître les tarifs douaniers des produits américains : le coût en serait porté par les Européens. Vouloir taxer davantage les acteurs du numérique signifie des services plus onéreux, et donc moins de compétitivité pour les utilisateurs de ces services, ce qui concerne l’ensemble des entreprises européennes.
Pourquoi ne pas relever le gant en s’attaquant au bien le plus précieux des États-Unis : le dollar ? Si les transactions de pétrole se font aujourd’hui essentiellement en dollar, les échanges entre la Russie et la Chine s’effectuent de plus en plus en renminbi. L’Inde a conclu un accord avec les Émirats arabes unis pour acheter du pétrole en roupie, et tente de faire pareil avec l’Arabie saoudite. Les réticences arabes à une telle généralisation proviennent de la faiblesse de la roupie et de la difficulté à l’écouler sur les marchés mondiaux, ce qui n’est le cas ni du renminbi ni de l’euro. Affronter la guerre économique en promouvant l’usage de l’euro contre le dollar pourrait être une bonne manière de relever le défi américain.
Une autre solution peut passer par l’extension des accords commerciaux. Les 3 et 4 avril s’est tenu à Samarcande le premier sommet UE – Asie centrale, qui a notamment abouti à la signature de traités commerciaux et de baisse de droits de douane. Donc de renforcer la présence européenne dans ce qui fut longtemps l’arrière-cour de la Russie et ce qui est le nœud chinois des routes de la soie. Si les États-Unis se ferment au monde, l’Europe peut en profiter pour récupérer des marchés. On le constate en Amérique latine où de plus en plus de pays se tournent vers la Chine afin de compenser la fermeture du marché américain. Avec ses droits de douane à outrance, Donald Trump risque donc non seulement de pénaliser ses concitoyens, mais aussi de rapprocher l’Amérique latine de son ennemi chinois.
Il y a quelques mois encore, les dirigeants européens voulaient accroître les tarifs douaniers des produits chinois et récriminaient contre l’accord du Mercosur qui abaissait les tarifs vers l’Amérique latine. En une annonce, Donald Trump semble avoir balayé les réticences aux tarifs et converti les Européens au libre-échange. Ce n’est pas la moindre des certitudes qu’il a renversées.
Reproduction et diffusion interdites sans autorisation écrite
du même auteur
Chronique / Jean-Baptiste Noé
Chronique / Envoyer une force internationale en Ukraine ?
29/03/2025 - 08:30
Chronique / Jean-Baptiste Noé
Chronique / Le Golfe s’impose dans la diplomatie mondiale
22/03/2025 - 08:30
de la semaine
Chronique / Jean-Baptiste Noé
Chronique / Envoyer une force internationale en Ukraine ?
29/03/2025 - 08:30
Chronique / Jean-Baptiste Noé
Chronique / Le Golfe s’impose dans la diplomatie mondiale
22/03/2025 - 08:30
Chronique / Jean-Baptiste Noé
Chronique / Europe : face aux ennemis, multiplier les partenariats
15/03/2025 - 08:30